Farida Hamak : capter les images de guerre et celles de la beauté

Farida Hamak est née en Algérie. Elle arrive en France à l’âge de six ans. Elle interrompt ses études littéraires à la Sorbonne, pour partir en voyage à Singapour. Elle achète alors son premier appareil photo, et ne se doute pas encore qu’elle en fera son métier. D’abord, reporter de guerre à l’agence Viva dans les années 1980,  elle collabore avec l’agence Sipa Press avant d’arrêter la photo d’actualité en 1990 pour devenir rédactrice en chef de mode du bureau parisien d’Al Khaleejiah-France (premier groupe de presse du Moyen-Orient). C’est cette double pratique de la photographie (capter les images de guerre et celles de la beauté) qui fait la singularité du travail d’auteure de Farida Hamak. Depuis 2011, elle  est co-directrice de la Galerie Regard Sud basée à Lyon avec son époux Abdellah Zerguine. Nous l’avons rencontré lors d’AKAA.

Inaugurée en 2000 et implantée dans le quartier de la Croix-Rousse à Lyon, la galerie Regard Sud expose des artistes issus du pourtour méditerranéen et d’ailleurs, s’inscrivant avant tout dans une logique de passerelles vers les pays du Maghreb et du Moyen-Orient.

 

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Bonjour Farida, vous exposez à l’AKAA, sur le stand de la galerie Regard Sud (Lyon), une série intitulée « sur les traces », pouvez-vous nous expliquer ce titre et commenter ce travail ?

C’est une série que j’ai commencé en 2012. Je suis toujours très lente, j’ai mis quatre ans à la réaliser. Avant Akaa Paris, cette série a été exposée à Lyon dans le cadre de « Septembre de la Photographie ». Le mot « traces » indique, ici, que je cherche quelque chose qui n’est peut être pas de l’ordre de l’immédiatement visible. Le titre fait référence à l’invisible. Je travaille sur les traces et la mémoire depuis plus de trente ans, aussi bien en France, au Maghreb particulièrement en Algérie, et beaucoup au Moyen Orient où j’ai été reporter de guerre. C’est ma démarche photographique.  

Vous dites ne pas tomber dans l’Orientalisme ou la photographie esthétisante, comment s’opère cette résistance ?

Je ne parle pas du passé dans ce travail, cela ne m’intéressait pas. La psychologie des gens ne m’intéressait pas non plus pour ce projet. J’ai décrit la possibilité, l’esprit d’un territoire. Je travaille dans l’acte photographique c’est ce qui m’intéressait le plus.

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Les photographies de cette série sont très lumineuses d’un blanc allant parfois jusqu’à l’éblouissement ou la transparence. Pourquoi ce choix ?

Je suis tombée amoureuse de cette lumière assez particulière de Bou-Saada. Je comprends pourquoi les grands peintres comme Eugène Delacroix se sont attardés sur les paysages de cette région de l’Algérie. Il n’y a aucune humidité dans l’air, l’atmosphère est sèche et c’est ce qui donne ce blanc extraordinaire. C’est le lieu qui m’a inspiré cette lumière. Il n’y a que la photographie qui peut retranscrire cette ambiance. J’ai beaucoup travaillé la notion d’épure. J’ai gommé tous les accessoires autour pour laisser la place à ce blanc, ce paysage avec des petits personnages discrets. Brigitte Ollier, qui était critique de la photographie à Libération a toujours dit que la lumière de mon travail était très douce.

Depuis 2011, vous travaillez comme Directeur artistique de la galerie Regard Sud, comment conciliez-vous cette fonction avec celle de photographe d’auteur ?

C’est une galerie pluridisciplinaire et le contact avec les autres artistes nourrit mon travail photographique.

Après un voyage à Singapour vous achetez votre premier appareil photo. De retour de voyages, vous commencez à tout photographier. Pouvez-vous revenir sur cette période, vos premières émotions et sensations de jeune photographe ?

J’avais 21 ans et j’ai acheté cet appareil à Singapour sans penser que j’allais être un jour photographe. Quand je suis revenue à Paris, je faisais déjà du noir et blanc et j’ai appris à développer mes photos en laboratoire. Cette découverte m’a fasciné. Ensuite, j’ai photographié toute l’Algérie et j’ai montré ce travail à l’agence Viva. Quand il y a eu la guerre au Liban, je suis partie car je voulais absolument en faire mon métier. J’ai quitté la Sorbonne pour aller photographier la guerre du Liban. 

 Ce qui marque depuis votre travail et qui fait sa singularité c’est votre double pratique de la photographie : capter les images de guerre et celles de la beauté. Est-ce un dilemme ?

J’ai d’abord été reporter de guerre, puis photographe de mode pendant dix sept ans. De mon expérience de reporter de guerre, j’ai gardé cette rapidité à photographier. De mon passé de photographe de mode, j’ai gardé ce rapport essentiel et esthétique à la lumière. C’est une tension dans mon parcours mais c’est formidable ! 

Quels sont vos projets ? Vos actualités ?

Je vais continuer ma démarche de « traces », en Tunisie. Grâce à l’Akaa, j’ai été sollicité par le Jeu de Paume, donc je suis très heureuse de cette participation à cette foire.

http://www.regardsud.com/

 ARTICLE REPUBLIE SUR AFRIQUES IN VISU :

http://www.afriqueinvisu.org/capter-les-images-de-guerre-et-celles-de-la-beaute.html

 

 

 

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