Amina Zoubir : « Créer des traces d’une mémoire contemporaine »

Diplômée des Beaux Arts d’Alger depuis 2006, Amina Zoubir, vit et travaille entre Paris et Alger. Artiste plasticienne d’origine algérienne, elle est aussi réalisatrice et commissaire d’exposition d’art vidéo. Parallèlement, elle poursuit ses recherches de thèse de doctorat sur la représentation du corps dans l’art contemporain auprès du laboratoire AIAC (art des images, art contemporain) à l’Université de Paris VIII. Pour la première édition d’AKAA (Also Known As Africa), foire d’art contemporain et de design, elle est représentée par la galerie Regard Sud basée à Lyon. Nous l’avons rencontrée au Carreau du Temple. Propos recueillis par Claire Nini.

 C’est la première fois que tu participes à une foire comme l’AKAA, pourquoi est-ce important pour toi ?

C’est la première fois que je participe à une foire d’art contemporain. Je suis née en Algérie et je me sens africaine. Pour moi, le fait de participer à une foire dédiée à l’art contemporain d’Afrique est une consécration pour mon travail de jeune artiste, cela lui donne une place et une visibilité sur le marché de l’art. Il est assez laborieux pour les jeunes artistes originaires du Maghreb, d’avoir une visibilité et une mobilité de leurs œuvres à l’international. J’y travaille depuis quelques années avec persévérance et la galerie Regard Sud me soutient dans ce processus.

Amina Zoubir, Escape from the body (2012). Medea, Algeria. 120 x 80cm. Inkjet printing on fine art paper © Courtesy Amina Zoubir, ADAGP, Paris et la Galerie Regard Sud, Lyon (France)

Peux-tu nous décrire les œuvres que tu présentes à l’AKAA ?

 Je présente un diptyque photographique, que j’avais exposé en 2015 dans le OFF de la Biennale du Caire « Something Else » sous le commissariat de Simon Njami, et précédemment au Pavillon Vendôme dans l’exposition « Et autres identités » sous le commissariat de Guillaume Lasserre. J’ai réalisé ces photographies dans les gorges de la Chiffa non loin de Médéa, à 80km d’Alger, où j’ai immortalisé un instant magique sur une route au flanc de la montagne ; une femme seule priait, menacée par un paysage rocailleux.  Elle m’a expliqué qu’elle venait prier ici car son fils était mort à cet endroit, qui est un lieu où les jeunes se réunissent la nuit pour boire de l’alcool. Le diptyque reconstitue en demi-cercle la mémoire d’un espace rural à protéger. Il s’agit pour moi de se réapproprier les paysages pour créer des traces d’une mémoire contemporaine,  tel que je l’avais observé dans une peinture d’Adrien Dauzat : le passage des Portes de fer (1841).

Adrien Dauzats, Le passage des Portes de fer, 1841. – RMN Grand Palais Chateau de Versailles Gerard Blot

Je présente également une installation en néon vert écrit en arabe «  c’est le temps du bonheur » créée en 2012 après le Printemps arabe. Je reprends le dispositif des enseignes de boutiques dont certaines étaient fermées pendant les manifestations dans l’espace urbain, j’ai imaginé une boutique où l’on vendrait du bonheur qui naîtrait de la rue. Je conçois ce phénomène avec distance et optimisme.

Amina Zoubir, Escape from the body (2012). Medea, Algeria. 120 x 80cm. Inkjet printing on fine art paper © Courtesy Amina Zoubir, ADAGP, Paris et la Galerie Regard Sud, Lyon (France)

Tu es diplômée depuis 2006, observes-tu une évolution dans ta pratique artistique ?

Jusqu’à présent mon travail d’artiste était beaucoup plus centré sur la corporalité et les projections comportementales dans des espaces urbains. Après mon projet Prends ta place dans Un été à Alger (2012)  je me suis intéressée à ce qui se passait en dehors des villes et j’ai observé comment les espaces ruraux sont investis.

Ton travail artistique est-il politique ?

 Mon propos d’artiste est inévitablement politique. Mes œuvres se confrontent aux phénomènes sociétaux que j’observe lors de mes déplacements en Algérie ou dans d’autres pays. Ma responsabilité d’artiste est d’ingérer ce qui est sensible de façon à le réexposer sous forme plastique. Je m’applique par mes œuvres à questionner ces phénomènes et à bousculer l’ordre établi et les positionnements figés, pour les remettre en question et proposer de nouvelles issues. Je cherche à donner une force plastique, esthétique à ce qui se passe dans le monde.

 Tu es algérienne, tu vis entre Paris et Alger, pourtant tu n’es pas représentée une  galerie algérienne mais par la galerie française Regard Sud, pourquoi ce choix ?

Je vis essentiellement en France, même si je me rends régulièrement à Alger. Je connais évidemment  la scène artistique d’Alger qui est foisonnante, mais foncièrement dominée par la peinture. Les nouvelles formes d’art existent dans des événements plus ponctuels. Je me situe dans de nouveaux médiums, dans la recherche de la plasticité en dehors de la peinture, je m’inscris davantage dans un art « post contemporain ». C’est pourquoi,  j’ai fait le choix d’avoir un galeriste en France : Abdellah Zerguine à la tête de Regard Sud.

Comment définis-tu ton travail ?

 Je définirais mon travail comme une intervention corporelle, textuelle et contextuelle. L’artiste peut émerveiller à travers des formes sensibles et poétiques.

En effet, il y a une récurrence de la calligraphie arabe dans ton travail,  l’installation en néon de couleur verte est en arabe, dans tes photographies il y a un panneau écrit en arabe, comment l’expliques-tu ?

 Je suis arabophone et francophone. J’ai appris les deux langues à l’école en Algérie. J’ai toujours baigné dans les deux langages depuis mon enfance en plus de notre « dergea » dialecte berbère algérien. Dans le cadre de mes recherches de doctorat, je suis revenue à l’analyse de cette calligraphie arabe et à ses formes spécifiques.

Quelle est selon toi la plus grande difficulté en tant qu’artiste ?

 Si les collectionneurs envisagent aisément d’acheter des œuvres phalliques d’artistes masculins, il est plus incertain de soutenir le travail des artistes femmes. Se faire une place, avoir une visibilité et une pérennité lorsqu’on est artiste femme est d’autant plus ardu.

Tu fais partie de l’exposition l’Iris de Lucy au Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart, quelles œuvres y présentes-tu ?

 Je présente deux œuvres : un masque blanc de la reine Berbère Kahena que j’ai intitulé Figure oubliée, mais aussi un caisson lumineux d’une photographie intitulée Corpus mulier ce qui signifie le corps d’une femme en latin.

Qu’est ce qui te caractérise le mieux ?

 Ma très grande détermination pour être une actrice à part entière de la société dans laquelle je vis et dans le monde de l’art, c’est pourquoi je remercie Victoria Mann d’avoir fondé la foire d’art AKAA.

www.aminazoubir.com
www.un-ete-a-alger.com

ARTICLE REPUBLIE SUR IAM :

http://www.iam-africa.com/fr/amina-zoubir-creer-des-traces-dune-memoire-contemporaine/

 

 

 

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