Le Soudan de Claude Iverné s’expose de Paris à New-York.

L’exposition Bilad es Sudan de Claude Iverné à la Fondation Henri Cartier Bresson initiée le 11 mai dernier, vient de s’achever le 30 juillet. Elle s’envole à présent pour New-York où elle sera présentée à l’Aperture Foundation du 15 septembre au 9 novembre prochains. Nous avons eu la chance de la visiter à la fondation HCB dans le quatorzième arrondissement parisien avant son départ pour les Etats-Unis.

583. Vestiges d’une cafétéria / Jardin du 6 avril / Khartoum / Juin 2001 © Claude Iverné - Elnour

583. Vestiges d’une cafétéria / Jardin du 6 avril / Khartoum / Juin 2001 © Claude Iverné – Elnour

Bilad es Sudan n’est pas seulement le titre de cette exposition, c’est également le titre d’un ouvrage signé Claude Iverné paru en 2017 aux éditions Xavier Barral rassemblant une très grande documentation littéraire, photographique et anthropologique sur le pays.

« Parti pour écrire, une utopie, j’ai collecté des images, convaincu qu’elles feraient bon ménage.  Le livre et l’exposition sont pour moi des espaces d’expérience à mener par le jeu, avec l’intuition pour guide. » confie t-il dans son livre. [1]

Le photographe français Claude Iverné est le lauréat du prix Henri Cartier Bresson [2] pour l’année 2015 avec son projet « Photographies soudanaises, le fleuve des Gazelles ».

Ce titre lui a été décerné par un jury international composé de sept imminentes personnalités artistiques parmi lesquelles : Pierre-Alexis Dumas (Directeur artistique de la Fondation Hermès), Agnès Sire (directrice de la Fondation Henri Cartier-Bresson), Quentin Bajac  (conservateur en chef du département de la photographie au MoMA de New York) ou encore Julien Frydman (Fondation Luma, Arles).

Une maison vache, des silhouettes de chiens loups suspendues sur les murs, des vestiges d’une cafétéria dont il ne reste plus que quatre murs peints avec les logos de Coca-Cola, une pyramide dans le désert … Mirages ou réalités ? Claude Iverné est le photographe de tous les possibles, de l’imaginaire.

« Rien ici n’est vérité́, c’est dans les failles, entre les lignes, que germe l’imaginaire. » explique le photographe Claude Iverné.[3]

Lui, qui a arpenté le Soudan depuis plus de 20 ans,  parcouru le désert, décide de consacrer sa bourse HCB à la poursuite de son projet en se consacrant à de nouveaux territoires comme le Soudan du Sud touché par la guerre civile depuis 2013.

Alors que son travail de plus deux décennies sur le Soudan du Nord présente des tirages en Nord et Blanc, Claude Iverné a décidé de montrer le Sud Soudan en couleurs. Son premier voyage dans cette région date de 2005.

Claude Iverné, photographe voyageur, repousse toujours plus loin les limites des territoires, et suit les soudanais en exil. Les tentes plantées dans le Bois de Boulogne rappellent les clichés des abris de fortune des déplacés ou des nomades du Nord Soudan prises quelques années auparavant. Les forêts désertes entre la frontière italienne et française, de Breil-sur-Roya dans les Alpes Maritimes rappellent les paysages arides du Darfour du Sud. Les portraits des demandeurs d’asile de Trégastel évoquent ceux des populations rencontrées sur la piste des Quarante Jours : chameliers, éleveurs de vaches, chèvres, ou de moutons, paysans.

« La guerre puis la mer auront dilué les écarts entre les peuples cramés. Quelle identité leur accorde notre regard ? Réunis dans l’indifférence, ils me regardent, dos au mur gris-bleu brouillard, face à l’hospitalité des miens en miroir. Je sers d’interprète, je comprends, j’accompagne. La boucle persiste à braver les frontières. Le Soudan français n’a pas échoué à Fachoda mais en vallée de la Roya. Des hommes, des femmes, des vrais, postés vent debout, réchauffent calmement mais assurément un lien essentiel en déshérence.»[4]

Au-delà les frontières, les croyances, les territoires et les années, tous ces portraits montrent un peuple en errance mais qui a une foi immense, (que ce soit les amulettes contenant des prières coraniques, ou des chapelets catholiques à l’effigie du Christ) qui lui permet de continuer à avancer et à humaniser de nouvelles cartographies par sa simple présence.

67614-01. Mnaïma Adjak / Peuple Shénabla / Clan Awasma / Dar Jawama / Kordofan Nord / Août 2001 © Claude Iverné - Elnour

67614-01. Mnaïma Adjak / Peuple Shénabla / Clan Awasma / Dar Jawama / Kordofan Nord / Août 2001 © Claude Iverné – Elnour

306-68. Chien naturalisé / Toshka / Dar Sukkott / Nubie / Févr. 2002 © Claude Iverné - Elnou

306-68. Chien naturalisé / Toshka / Dar Sukkott / Nubie / Févr. 2002 © Claude Iverné – Elnou

[1] Claude Iverné, extraits de Bilad es Sudan, Éditions Xavier Barral, 2017

[2] Le Prix HCB est une aide à la création qui permet à un photographe de réaliser ou poursuivre un projet qu’il ne pourrait mener à bien sans cette aide. Il est destiné aux artistes, ayant déjà accompli un travail significatif, dans une sensibilité proche du documentaire. D’un montant de 35 000 euros, il est attribué tous les deux ans à la fin du mois de juin. Le lauréat est désigné par un jury international composé de sept personnalités éminentes du monde des arts. Le Prix HCB bénéficie du soutien de la Fondation d’entreprise Hermès qui marque ainsi son engagement pour la création contemporaine et la photographie.

[3]  Claude Iverné, extraits de Bilad es Sudan, Éditions Xavier Barral, 2017

[4] Claude Iverné, extraits de Bilad es Sudan, Éditions Xavier Barral,2017

ARTICLE REPUBLIE SUR AFRIQUES IN VISU :

http://afriqueinvisu.org/le-soudan-de-claude-iverne.html

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