L’art contemporain d’Afrique et de ses Diasporas entre chez Sotheby’s

Après une semaine historique pour l’art contemporain africain à Paris : Salon Zürcher Africa à la Galerie Zürcher, exposition « Le jour qui vient »  à la galerie des galeries, exposition « Afriques Capitales  » à la Villette,  l’Afrique invitée d’honneur à Art Paris Art Fair, Sotheby’s France a invité différents acteurs autour d’une table ronde à discuter de l’art contemporain africain, de ses enjeux et perspectives.
Mené par Nadine Hounkpatin de la revue IAM – Intense Art Magazine, le débat a réuni un beau panel d’invités : Barthélémy Toguo (artiste plasticien), Cécile Fakhoury (galerie Cécile Fakhoury, Abidjan), Gervanne Leridon (collectionneuse), Victoria Mann (Fondatrice de la foire AKAA) et Nathalie Berghege (Galerie Lelong, Paris).
Céline Seror, rédactrice en chef de la revue IAM – Intense Art Magazine, a introduit la matinée de réflexion avec une citation empruntée à l’artiste Mounir Fatmi : « On ne peut plus prétendre, en tant qu’amateur averti, posséder une collection internationale sans avoir des œuvres d’artistes africains. »
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Nadine Hounkpatin a d’emblée annoncé un chiffre étonnant quand on connaît la diversité et la qualité de la production artistique en provenance d’Afrique,  qui prouve bien que les acheteurs sont encore frileux à acquérir des artistes originaires du continent qui sont sous représentés dans les grandes foires internationales :  » En 2013 à la Frieze London seulement 0,05% des artistes présentés étaient d’origine africaine … »
C’est forte de ce constat, que Touria El Glaoui a eu l’idée de lancer en 2013 à Londres la première foire d’art contemporain en Europe nommée 1:54. Succès total et croissant puisque 1:54 existe depuis 2015 également à New York, et l’année 2017 sera celle de l’ouverture de 1:54 Marrakech …
Chaque invité est revenu sur son parcours personnel et a éclairé le public sur le début de son histoire d’amour avec le continent africain.
Gervanne Leridon, Directrice d’AAD (Africans Artists for development) est sans doute une des pionnières. Elle se souvient avoir eu un choc esthétique en 1989 lors de l’exposition « Magiciens de la Terre » de Jean-Hubert Martin à la Villette. Elle commence à collectionner avec son mari Matthias Leridon dans les années 2000, leur premier coup de cœur : un tableau de Chéri Samba intitulé ‘L’espoir fait vivre’.
Victoria Mann après avoir vécu aux Etats Unis a constaté un vide en matière d’art contemporain africain à Paris, elle se lance alors dans l’aventure dans les années 2010. Aujourd’hui AKAA est la première foire d’art contemporain à Paris, elle a rassemblé pour sa première édition en novembre 2016 plus de 15000 visiteurs et 5000 rien que le soir du vernissage.
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C’est en 2009 à New-York, que l’un des fondateurs de la galerie Lelong tombe en admiration pour les œuvres de l’artiste camerounais Barthélémy Toguo qui se réjouit de cette collaboration : «  Quand j’ai commencé ma carrière j’étais représenté par Anne de Villepoix et mes dessins valaient 300 euros, aujourd’hui chez Lelong mes dessins valent 6000 euros, je pense que je suis à ma place. »
Gervanne Leridon note à ce propos une divergence de prix importante entre les artistes originaires d’une Afrique francophone et les artistes anglophones qui sont davantage connus et dont les œuvres se vendent plus chères.
Cécile Fakhoury, Directrice de la galerie éponyme à Abidjan depuis 4 ans confirme une tendance des artistes africains à retourner en Afrique pour créer.  » Certains s’y installent, d’autres sont de passage, mais c’est un signal fort de la structuration du marché par les artistes » précise-t-elle.
C’est le cas de Barthélémy Toguo qui partage son temps entre la France et le Cameroun où il a créé Bandjoun Station un centre d’art, musée où il accueille des artistes locaux et internationaux en résidence.
« C’est une véritable perte pour le continent quand les artistes africains sont visibles partout sauf en Afrique, c’est pourquoi j’ai créé Bandjoun, la production doit rester sur le continent. » affirme-t-il.
Cécile Fakhoury abonde dans son sens :  » Je suis très heureuse quand une œuvre est achetée sur le continent car elle reste sur le territoire. 80% des œuvres achetées quittent malheureusement le continent. »
Tous ont déploré le manque de journalistes culturels en Afrique qui devraient se faire les portes paroles des talents artistiques à l’international.
Pour Gervanne Leridon, il y a également un manque de chercheurs :  » le travail universitaire doit étayer cette scène sinon cela restera un effet de mode. Ce sont les critiques d’art et les historiens d’art qui doivent également structurer le marché » selon elle.
La rencontre s’est clôturée sur la question de spéculation que tous les invités ont abordée avec beaucoup de réserve.
Pour Victoria Mann :  » c’est le marché qui est émergent donc les prix sont encore raisonnables ».
Cécile Fakhoury partage cette opinion : «  Il n’y a pas de spéculation, les collectionneurs qui connaissent souvent mal l’art contemporain africain achètent car ils ont des coups de cœur et que mes prix restent abordables. « 
Barthélémy Toguo conclut la question de la spéculation avec humour «  les artistes chinois ont grimpé très vite pour redescendre aussi vite, alors prenons notre temps ! « 
Cette table ronde a eu lieu en prélude à la vente d’art moderne et contemporain africain qui aura lieu le 16 mai 2017 à Sotheby’s Londres.
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