« Picturing (THE) stories » : une performance de Michèle Magema en prélude au Salon Urbain de Douala 2017

dsc_8579Si l’on connaît le travail vidéo de Michèle Magema, elle a cependant une pratique plutôt récente de la performance. Sa première performance a eu lieu en 2013 à la Maison Revue Noire sur invitation de Joël Andrianomearisoa à l’occasion de l’exposition SENTIMENTAL sous le commissariat d’Elise Atangana. Pour sa deuxième performance intitulée « ce que la mer ne m’a pas pris », elle part au Danemark pendant le Festival Roskilde 2016 sous le commissariat de Bonaventure Soh Bejeng Ndikung. Invitée par Doual’art dans le cadre d’une semaine préparatoire au Salon Urbain de Douala (SUD) qui se tiendra du 5 au 10 décembre 2017, elle a offert au public une performance d’une très grande qualité plastique dans le Théâtre Source – Didier Schaub. Cette œuvre sculpturale monumentale et pérenne a été imaginée par l’artiste belge Philip Aguirre y Otegui, à l’occasion du SUD 2013 qui avait pour thème « Douala Métamorphoses ».

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En ce samedi 11 février 2017 où l’on célèbre la 51ème édition de la fête de la jeunesse à Douala et dans tout le Cameroun, le théâtre Source – Didier Schaub est bondé d’enfants du quartier de Ndogpassi III.

La performance inédite de Michèle Magema intitulée « Picturing (THE) stories » clôture la semaine du festival «doual’art donne la parole à la jeunesse », prélude au festival SUD 2017 dont la thématique retenue cette année est : « La Place de l’Humain ». Cécile Bourne Farell, commissaire générale de cette 4ème édition de la Triennale SUD chapeaute cet événement final après avoir coordonné une semaine de concertation et de réflexion avec les artistes locaux : Justin Ebanda, Justine Gaga, Jean-Jacques Kante, Hervé Yamguen, Edwige Ndjeng, Jean-David Nkot, Emile Youmbi, Hervé Youmbi et les artistes internationaux : Sylvie Blocher (France), Lucas Grandin (France), Erik Goengrich (Allemagne) et Kamiel Verschuren (Pays-Bas) immergés dans la ville de Douala.

A la tombée de la nuit, au son d’une flûte traditionnelle pygmée, Michèle Magema apparaît dans une robe blanche. Elle déambule pieds nus dans le théâtre en plein air et l’irradie de sa présence et de son énergie hypnotique.

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D’abord assise parmi la foule de spectateurs, Michèle Magema se lève et commence sa performance en levant le bras en l’air comme un salut patriotique au drapeau. A partir de ce geste presque militaire, tout le public plonge dans un silence solennel, plus personne ne bouge, capté par la marche lente – le défilé de l’artiste performeuse, une véritable respiration dans ce quartier d’habitude très animé, imposée par ce dispositif performatif.

Un salut au drapeau, mais un drapeau qui ne flotte pas fièrement dans les airs. Michèle Magema a préféré en étaler les bandes de couleur des différents pays qui ont colonisé le Cameroun dans l’espace du Théâtre Source. Une ré-interprétation à l’horizontale de ces bannières tricolores qu’elle piétine dans sa chorégraphie déambulatoire et descendante. Une déconstruction de ces drapeaux qui sont remis à plat, désacralisés et par conséquent rendus abstraits. La trajectoire millimétrée de l’artiste marcheuse performeuse symbolise les différentes étapes de l’histoire du Cameroun comme des couches successives représentant les cohabitations jusqu’à son indépendance où il acquiert de nouvelles couleurs et un nouveau drapeau vert, rouge, jaune.

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Dans « Picturing (THE) stories », Michèle Magema évoque la mémoire du Cameroun en plaçant les portraits de grands hommes – images d’archives dans des coupelles colorées. Il est également question de traces, les déplacements de l’artiste sur ces chemins de couleurs où elle a disposé au préalable des pigments laissent des traces de pas sur une bande blanche, positionnée à la perpendiculaire des bandes de couleurs, symbolisant une fracture, une transition dans l’espace repensé par l’artiste.
Après ces traversées d’espaces et de temps, elle verse de l’eau sur la bande verte puis jaune disposées de part et d’autre des rigoles du théâtre. Au passage de l’eau, les bandes de tissus déteignent et symbolisent de la transformation du Cameroun.

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Michèle Magema achève sa descente en traversant les dernières marches du théâtre comme une poupée désarticulée. La performance se termine. La nuit est tombée. La pleine lune rousse brille. Le public est encore plongé dans ce flottement magique.

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2017 marquera la deuxième participation de Michèle Magema au SUD, 10 ans après la première édition du Salon. Un retour artistique durant lequel Michèle Magema nous confie ressentir Douala avec la même émotion que la première fois. Elle nous donne donc rendez-vous en décembre sur le terrain de foot du lycée de Bepanda où prendra place une œuvre circulaire et pérenne avec laquelle le public pourra intéragir directement mais aussi se rencontrer, se poser, méditer, dialoguer … Une bulle d’apaisement dans une temporalité autre que celle de Douala « l’énergivore ».

http://www.doualart.org/

http://www.salonurbaindedouala.org/

Article republié sur IAM :

http://www.iam-africa.com/picturing-stories-de-michele-magema-prelude-au-salon-urbain-de-douala-2017/

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