Petite histoire de l’exposition contemporaine africaine

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Dans le tableau de Chéri Samba intitulé Quel avenir pour notre art ? les artistes africains réunis en masse  devant Beaubourg autour de Chéri Samba et de ses tableaux sous le bras, semblent tous rêver à une exposition ou pourquoi pas carrément intégrer la collection permanente. Aujourd’hui c’est chose faite … le rêve est devenu réalité pour de nombreux d’entre eux … Retour sur une conquête longue et encore fragile … Celle de l’histoire de l’art contemporain Made in Africa

Un constat simple : on ne peut plus nier la légitimité de l’art contemporain africain, encore appelé art africain contemporain. Il y a des artistes nombreux, un réseau sur le continent et à l’international, un marché réel qui se structure doucement mais sûrement, des fondations, des collections, des musées, des revues et des galeries spécialisées, des expositions et des foires inscrites de plus en plus régulièrement dans l’agenda international de l’art contemporain.

L’art contemporain a vu ses limites traditionnellement restreintes à un marché occidental s’étendre à d’autres continents, d’autres pays … repoussant toujours plus loin ses confins … Ainsi, on parle d’art contemporain chinois, indien ou encore africain …

Cet élargissement du marché bien qu’indéniable n’est pas encore ancré dans toutes les mentalités et on a encore trop tendance à coller des étiquettes désignant les nationalités, cela est rassurant …

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Fabrice Bousteau, Directeur de Beaux Arts Magazine dans le dossier spécial consacré à l’art contemporain africain intitulé  De New York à Paris, la folie des artistes africains paru en mars 2016, s’interroge sur cette prise de conscience tardive de l’existence de tous ces artistes.

 « Avec plus d’un 1,1 milliards d’habitants, l’Afrique représente 16% de la population mondiale repartie sur 54 états. On comprend mal comment un continent si riche et si diversifié culturellement a pu être aussi longtemps ignoré voire méprisé par les institutions artistiques internationales. »

Simon Njami, interviewé par Beaux Arts magazine à l’occasion de ce dossier spécial, explique cette prise de conscience tardive :

« C’est à partir de la naissance du concept de négritude dans les années 50  que la création en Afrique acquiert un discours autonome. La conscience de vouloir faire quelque chose naît avec des penseurs comme Léopold Sédar Senghor, Franz Fanon ou Aimé Césaire qui revendiquent une esthétique nègre et amorcent cette conscience. « 

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Justement, l’histoire de l’exposition contemporaine africaine n’est pas récente. L’art contemporain africain n’est pas un simple phénomène de mode, mais trouve ses sources dans la négritude. En 1966, a lieu à Dakar le Premier Festival Mondial des Arts nègres, pensé et conceptualisé en amont depuis des années avec les fondateurs de la maison d’éditions Présences Africaines.

Léopold Sédar Senghor est président du Sénégal et s’empare de son festival pour en faire un mot clé de la mise en scène de la négritude.

«  Le Festival sera une illustration de la négritude. Nous serons enfin nous aussi des producteurs culturels. Le festival est l’occasion de dire ce nous avons toujours voulu dire et qui n’a jamais franchi le seuil de nos lèvres » annonce t-il fièrement. Ce qui lui vaut d’être félicité par André Malraux, alors ministre de la Culture : «  Pour la première fois, un homme prend dans ses mains le destin d’un continent. »

Ce festival est un grand chamboulement pour Dakar qui n’avait pas les infrastructures nécessaires pour recevoir un événement d’une telle ampleur. Tout s’accélère, on rase des bidonvilles, on construit des hôtels à la hâte pour accueillir les nombreuses délégations internationales. On crée pour l’occasion le Théâtre Daniel Sorano qui accueillera tous les spectacles de danse et de théâtre du fetsival et notamment la Tragédie du Roi Christophe d’Aimé Césaire. Et l’on crée pour l’occasion le musée dynamique, idée chère à Senghor pour accueillir l’exposition Art nègre : Sources, Évolutions, Expansion qui rassemble plus de 800  chefs d’œuvres et 20 000 visiteurs.

Face à son immense succès, cette exposition voyage quelques mois plus tard, elle est présentée en juin 1966 au Grand Palais à Paris, 50 000 visiteurs accourent pour voir cette exposition historique et d’envergure internationale.

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Dakar 66 a été un événement majeur : c’est le premier grand événement culturel organisé en Afrique par un jeune État indépendant.  Il a réuni 2500 artistes de 30 pays africains indépendants. Preuve de son succès international : nous sommes en pleine guerre froide et pourtant la télévision russe et la télévision américaine sont présentes sur le festival parmi les médias internationaux !

Dakar 66 a aussi été un avènement, c’est à dire qu’il a donné lieu à 3 festivals panafricains : Premier festival culturel panafricain à Alger (1969); Festival ZaÏre (à l’initiative de Mobutu) à Kinshassa (1974) et Deuxième festival des Arts nègres à Lagos (1977) et à trois expositions d’artistes occidentaux majeurs au musée dynamique à Dakar : Exposition Chagall (1971), Exposition Picasso (1972), Exposition Soulages (1974).

En échange, le Grand Palais reçoit en 1974 à Paris, l’exposition Artistes Sénégalais d’aujourd’hui  réunissant plus de 34 artistes … 

On était alors sur la même temporalité … Dakar avait la chance de voir ce qui était contemporain en Europe, et Paris pouvait se rendre compte de ce qui était contemporain à Dakar au même moment !

Aujourd’hui la temporalité est comme brouillée, on accuse un décalage de 60 ans.

Pourquoi les photographes Malick Sidibé et JD Okhai Ojeikere intègrent seulement en 2016 la collection permanente du Musée d’art moderne à Paris … alors qu’ils ne sont déjà plus nos contemporains ?

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Extrait de ma conférence : Art contemporain made in Africa présentée le 1er avril 2016 à l’Atelier Richelieu à l’occasion de la foire DDessin 2016.

http://www.ddessinparis.fr/2016/tables-rondes/

Photo : Valentine Bourrat / Bijou : Toubab Paris

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