La Vénus noire Germaine Acogny danse le sabar sur la musique de Stravinsky

germaine acogny

Germaine Acogny, apparaît, ses yeux brillent dans la pénombre comme une chouette d’une grande sagesse sur laquelle le temps s’est figé. Cette grande dame de la danse contemporaine a un regard frontal, mystérieux, grave et doux. Au fond de ses pupilles on décèle beaucoup de malice et un brin de folie. Malgré l’obscurité du plateau sa présence irradie déjà toute la salle.

Elle se dessine à la lueur de sa pipe. Flashs de lumières. Elle est là. C’est elle, la danseuse de Maurice Béjart et aujourd’hui la muse d’Olivier Dubois qui la met en scène avec un grand respect et beaucoup d’admiration dans cette boite noire conçue spécialement pour elle, formidable piédestale pour cette femme iconique, cette statue dont chaque fragment de corps est marqué et pétri par l’amour de la danse. Impressionnante de par sa silhouette et son charisme, sa seule présence suffit à provoquer un frisson général et à donner la chair de poule à tout le public.

Elle rit, elle se marre, elle est tout simplement magnifique dans cette folie printanière. On a du plaisir à la découvrir par flash lumineux et à la contempler dans sa boîte qui la contient comme un trésor. Le sacré du printemps la fait rire, elle devient folle avec cette musique entêtante qu’elle singe non sans raillerie. Elle rit car c’est le sabar qu’elle exécute sur cette musique classique, narguant l’académisme et les puristes conservateurs de la danse et de la musique classique. Le papillon lumineux a désormais les ailes plombées par une tragédie qui va bientôt s’abattre et alourdir la danse de cette sublime interprète. La grande odalisque noire se repose de cette course effrénée, couchée sur le flanc, dos au public, elle fume la pipe comme pour reprendre son souffle et ses esprits. Puis elle se retourne, et déclame comme une prophétie : « Le colonisateur qui pour se donner bonne conscience s’habitue à voir dans l’autre la bête, tend objectivement à se transformer lui même en bête », citation tirée de l’essai Sur la colonisation d’Aimée Césaire.

Elle troque son soutien gorge noir contre un soutien gorge blanc et tout s’accélère de façon dramatique. Dans sa cage de fumée blanche, la Vénus noire, est déchue de son piédestale, elle tombe dans les flammes blanches d’un enfer dantesque dans lequel elle s’engouffre malgré sa résistance et sa lutte. Mais il est vain de se battre contre le passage de ces colons blancs. La colonisation lui fait mal jusqu’à l’intime, elle en reçoit les secousses et les coups jusque dans son bas ventre, puis disparaît à jamais. Le sang blanc de ces bêtes se répand et la fumée envahit tout l’espace de la salle, laissant chacun avec sa conscience.

germaine a

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