Valérie Blanchard ou l’art «faussement naïf».

 

Digimax A50 / KENOX Q2

L’accumulation d’écritures fait  penser à la peinture de Chéri Samba, les éléments dissociés flottants dans tous les sens peuvent rappeler certains tableaux de René Magritte. La galerie de personnages peut être un clin d’oeil aux fresques de Diego Riviera.
 
Mais ne nous méprenons pas, si Valérie Blanchard peut être qualifiée de prime abord de peintre naïf, en regardant mieux on comprend assez vite que son art est intentionnellement « faussement naïf ». En effet, il faut être malin pour ne pas tomber dans le piège et ne pas trop se laisser séduire par les premiers plans pourtant toujours très attrayants par leurs couleurs, et leurs motifs, mais qui ne sont jamais  les sujets principaux.

C’est seulement en étant attentif aux détails et aux arrières plans, en décryptant les flèches et les indices parsemés comme des rebus que l’on pourra déjouer le piège de la naïveté de façade et rentrer dans le vif du sujet, afin de décrypter l’univers fictivement ingénu que nous propose les tableaux de l’artiste.

On comprend presque immédiatement que ces personnages pleins d’embonpoint et de bonhomie  ne sont eux pas pour autant naïfs. Bien au contraire, ce sont de vilains garnements qui n’ont que faire de l’ordre et de la morale et qui jouent la provocation dans des ambiances toujours festives et colorées à l’instar de cette  femme portant des antennes en forme de cœurs rouges qui sniffe de la cocaïne avec une paille tout aussi rouge que ces antennes, ou de ces deux hommes qui s’embrassent à plein bouche dans un bar ne se souciant guère du vendeur ambulant qui leur propose des roses. Au fond un tigre presque sorti d’un tableau du Douanier Rousseau, premier clin d’oeil au maître naif.

Les fresques sociologiques dépeintes par le peintre Blanchard  sont autant de portraits surréalistes des villes : Barcelone, Andalousie, Marseille.

La religion est quant à elle omniprésente et ironiquement toujours confrontée à l’alcool. Des religieuses vêtues de noir défilent au côté d’hommes en blanc pouvant faire penser au kux kux klan  devant un bar bondé où les gens sont comme en prison derrière leur mur jaune où l’on peut lire mojito, caipirinha, sangria. Deux personnes portent des icônes religieuses passent devant un autre bar bondé dans « 15 de agosto » qui est la fête catholique de l’assomption de Marie. D’ailleurs, la vierge flotte comme en élévation sur le mur en arrière plan dans « Sainte famille » où figure une publicité pour la radio catholique Maria, alors que le premier plan du tableau offre une trilogie parfaite composé du père et de la mère telle une vierge à l’enfant improvisant une vente de bières au cul de leur voiture verte pour la modique somme d’un euro.

Dans un premier plan très coloré une femme boit un café et fume une cigarette sur une table avec une nappe fleurie occultant presque un second plan tout aussi banal qui passe inaperçu où un sans domicile fixe dort près de sa bouteille de vin. Une autre scène tout aussi banale  présente des personnages en maillot de bain bariolés, mais il faut décaler la focale pour se rendre compte que le vrai sujet de ce tableau n’est pas la plage de Valence, comme pourrait l’évoquer le titre trompeur mais le problème de l’immigration noire, un radeau de la méduse de fortune, où sont entassés des africains, flotte en effet non loin des baigneurs insouciants. Les policiers ne sont jamais très loin non plus dans « le jeu du chat et de la souris » le titre en l’apparence volontairement enfantin  éclaire la situation des vendeurs ambulants africains sans cesse obligés de remballer leurs baluchons colorés faits de tissus wax africains remplis de la précieuse marchandise vendue à la sauvette dans le dos des policiers.

Sur fond de jungle luxuriante qui nous fait évidemment pensé à celles dépeintes avec brio par le maître en la matière : le Douanier Rousseau, une africaine en jogging affûtée d’un panier en osier accompagne une vieille dame blanche portant un manteau de fourrure à faire ses courses.

Finalement, la naïveté prétendue se trouve chez tous ceux qui s’efforçent quotidiennement de  faire semblant de ne pas voir ce qui les entoure : l’homosexualité, la drogue, la religion, ou encore l’immigration …

http://www.peintre-blanchard.com/

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