Dialogues avec Baptiste Da Silva

Performeur, transformeur ou transformiste, Baptiste Da silva aime se travestir, se déguiser, et ce depuis qu’il a 6 ans, âge où il commence le théâtre. De cette période où il  incarne de nombreux personnages,  il retiendra le goût du déguisement et du masque et en gardera indéniablement des traces.
 
Toutes ces vidéos sont réglées comme des mises en scène théâtrales au détail prêt : une fenêtre, une lumière éteinte, un rideau qui laisse passer un rayon de soleil, une chaise en formica bleu, de vieilles valises entassées qui attendent désespérement un départ qui n’arrive jamais, un téléphone ancien qui sonne dans le vide.
 
Un souci du détail, qui devient presque obsessionnel, mais grâce auquel ses mises en scène deviennent poésie. Tous ces objets et rien que ces objets là sont présents tour à tour dans les vidéos, seules les dispositions et la distribution (car les objets sont aussi des acteurs par leur présence ou leur absence) changent. Le scénographe relève superbement le défi d’une incroyable économie de moyens. 

Le travail de l’artiste est intimement lié à son histoire personnelle, toutes les vidéos qu’il nous propose sont inspirées de faits passés, et relève de l’autobiographie avec tout ce qu’elle peut comporter de moments malheureux et de faits perturbants comme des traumatismes d’enfance, le décès d’une personne chère, l’absence d’affection d’une mère, les voyages manqués douloureux qui par consolation se font dans la tête. 

andrée

« Dear Andrée » est un dernier hommage émouvant à sa grand-mère décédée. Baptiste Da silva, de dos, face à une fenêtre, assis sur une chaise bleue en formica, la valise toujours à portée de main, incarne dans ses vêtements sa grand-mère. Atteinte de la maladie d’alzheimer, à la fin de sa vie, celle-ci ne se réperait plus qu’au son des cloches de l’église qui rythment de façon obssédante cette vidéo se mêlant à des voix enregistrées en allemand. Un rayon du soleil, Andrée se penche comme pour admirer ses fleurs qu’on ne voit pas mais qu’on imagine, et le plan d’après elle a disparu, comme absorbée par cette lumière radieuse. La chaise bleue est vide, l’absence d’Andrée est une élipse et les cloches retentissent de plus belle vers l’au-delà.

mum

 
Une grande robe noire empruntée à sa mère, le chapeau folklorique provençal ayant appartenu à toutes les femmes de sa famille, une coupette de champagne à la main et c’est sa mère grande mondaine qu’il mime dans sa vidéo « Mum »  jusqu’à la satyre.  Mais Baptiste Da silva n’est pas rancunier, il n’émet aucun jugement de valeur, il est au contraire très généreux, il donne à voir et à regarder. Le titre « Mum » de part sa simplicité et sa sobriété se contente d’indiquer le lien affectif de ce personnage avec l’artiste. Baptiste Da Silva nous dit simplement voici ma mère ou l’idée de ma mère. Dans cette vidéo le spectateur a l’impression d’être l’enfant que Baptiste a pu être, enfant malheureux délaissé par une mère trop occupée par ses invités criant en sourdine  » maman, maman ! » lui tirant sur sa robe pour qu’elle se retourne, mais en vain l’Opéra de Puccini explosant.  Le stress, et l’ attente sont palpables et deviennnent insupportables. Nous sommes au bord des sanglots, l’incompréhension des dialogues d’adultes résumés à des lettres de l’alphabet que nous ne savons pas encore assembler car nous ne sommes pas en âge de lire nous agace et nous épuise, nous sommes au bord de la crise de nerfs. La figure matriarcale va t-elle se retourner et s’occuper de nous spectateurs de cette vidéo rendus au rang de petit garçon qui attend désespérément, un mot, un geste affectueux ou un signe d’intérêt de la part de sa mère ?

La mère épuisée elle aussi, finie par baisser les bras et à s’éteindre comme un automate. Petit à petit, elle décline,elle s’incline,  presque comme un salut de théâtre. Fondu au noir, la scène est terminée. On attend le tombée du rideau.

Artiste vidéaste, ces propositions sont autant de tableaux en mouvement même si le mouvement est toujours contraint comme prisonnier d’un intérieur clos, tout comme au théâtre. Dans un souci de précision, l’habillage sonore est également toujours très soigné et très référencé, empruntant aussi bien au théâtre, à la littérature, à l’Opéra, à des langues étrangères comme l’italien ou l’allemand, ou au cinéma qui sont autant de sources et de références propres à l’artiste. Ce dernier, joue avec le son, qui apparaît et disparaît, on entend des voix lointaines, le téléphone strident sonne et nous angoisse, le son est coupé, le son est amplifié, les voix se mêlent ou se répondent. Les silences oscillent avec les répétitions à l’extrême.

Toutes les réincarnations, les nouvelles mises en scène des événements vécus dans le passé permettent une descente en soi, tentant d’expliquer, de résoudre afin d’avancer. Mais le travail de l’artiste n’est pas pour autant psychanalytique, les maux restant en suspens …

Toutes les vidéos de Baptiste Da Silva sont en ligne sur le viméo de l’artiste au lien suivant : http://vimeo.com/search?q=baptiste+da+silva

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