Petit traité fictionnel d’art contemporain

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For the love of God- Damien Hirst (2007)

Un matin chez Sotheby’s…

«Gagner de l’argent est un art », disait Andy Warhol.

Et le dépenser aussi d’ailleurs… Nous sommes chez Sotheby’s, par un matin glacial d’automne, la tension dans la salle des ventes est électrique, les acheteurs anonymes au téléphone font grimper les prix vers des sommets qui donnent le vertige.

Dans la salle on reconnaît, derrière ses lunettes noires griffées, Jose Mugrabi, le plus grand collectionneur au monde d’Andy Warhol qui a déjà en sa possession 800 de ces œuvres. Les galeristes parisiens et new yorkais les plus en vue n’auraient manqué, sous aucun prétexte, cette passionnante messe, orchestrée par le commissaire priseur le plus influent du monde. Surnommé « le 007  de Sotheby’s », Tobias Meyer, dans un geste théâtral, qui fait rebondir sa mèche rebelle, pourtant laquée, vient de frapper son dernier coup de marteau… La richissime cliente japonaise, ayant ratée plus tôt dans la matinée le défilé Chanel, s’est faussement résignée à  rejoindre le 76 du Boulevard Saint Honoré et repart non sans fierté avec son chien imitation ballon de baudruche signé Jeff Koons. Elle aura déboursé 26 millions de dollars pour son Balloon Dog qui viendra alourdir la décoration déjà surchargée de son Loft parisien où même le papier peint exagérément et inutilement fleuri est une œuvre (du Japonais Haruki Murakami). Mais elle, elle s’en fiche pas mal, elle se dit que ce chien rose se mariera parfaitement avec ces petites fleurs souriantes et colorées de son artiste japonais préféré, un ami intime, d’ailleurs… Elle se réjouit d’avance à l’idée du prochain passage de celui-ci  dans la capitale pour lui montrer quelle bonne commissaire d’exposition elle fait, et comment dans une magnifique scénographie elle aura su faire de l’œuvre de Jeff Koons et de celle de son ami Murakami une symbiose parfaite… Justement ça tombe bien, dans 10 jours, c’est la FIAC qui commence à Paris… Et puis, s’il ne vient pas à Paris, ce n’est pas très grave, après tout, elle est presque sûre de le retrouver le mois suivant à la Foire Art Basel…

Le marché de l’art n’a pas tué la fonction sociale de l’artiste

Baudrillard  avait coutume de déclarer, «de nos jours l’art n’est plus qu’une idée qui se prostitue dans sa production».

Face à cet extraordinaire emballement presque frénétique du marché de l’art et, à l’envol des prix (100 millions de dollars pour le crâne en diamant de Damien Hirst), certains sont très amers, le danger avec la spéculation autour de l’art résidant évidemment dans le détournement de sa fonction première. En effet, sa vraie fonction n’est pas celle d’un placement financier, l’art n’est pas fait pour ça…

Pour beaucoup il est par conséquent aujourd’hui inenvisageable que l’artiste puisse encore avoir une fonction sociale et critique.

Pourtant la fonction critique de l’art n’est pas désuète et doit être repensée en fonction du contexte actuel, on doit ainsi procéder à une « définition » de l’art si l’on reprend les termes du critique américain Harold Rosenberg. Mieux définir le contexte actuel pour pouvoir y repenser la fonction critique qui a toute sa place, tel est le défi d’Aline Caillet dans Quelle critique artiste ? Pour une fonction critique de l’art à l’âge contemporain.

Aline Caillet revient sur la dimension historique, elle évoque le XIX siècle et  l’invention d’un nouveau personnage social : l’artiste comme figure d’exception.Mais aujourd’hui l’urgence est de mettre fin à toute cette tradition d’artistes dont les œuvres trop “prétentieuses” deviennent vite inaccessibles et excluent la majorité des visiteurs. L’artiste doit sortir de sa position d’exception et être accessible au plus grand nombre.

 Aline Caillet dans Quelle critique artiste ? Pour une fonction critique de l’art à l’âge contemporain prône «Des œuvres qui permettent un face à face avec le spectateur, compris comme un espace possible du soi dans le champ de l’art. Un art de la construction de soi comme sujet. Un art de l’adresse comme par l’interpellation de la partie manquante, ce que je nomme le double touché.»

Un spectateur en interaction avec les œuvres

Le spectateur est tellement en interaction avec les oeuvres qu’il risque de se faire découper dans une oeuvre de Kader Attia. En effet quel impact auraient les grandes portes automatiques menaçant avec de longs couteaux de cuisine le pauvre visiteur qui ose s’y présenter, sans la présence de ce dernier? Aucun… Ici ce qui est amusant, presque jubilatoire, c‘est le jeu, l’œuvre qui crée chez le spectateur l’angoisse d’être découpé en morceaux, si jamais il est trop aventurier et ose s’égarer au-delà des chemins imposés… Métaphore du complexe du «perron du musée» et la crainte de ne rien comprendre. Si les couteaux ont une victime, ce sont bien les bourreaux de l’art contemporain qu’il vise (ses détracteurs) comme le décrit si bien Marc Jimenez dans la Querelle de l’art contemporain. Mais l’effet est aussi à double tranchant ; contre le public effrayé et le public confortablement installé dans ses références pédantes (le film Musée Haut Musée Bas en est la parfaite illustration).

On pense aussi immédiatement à l’installation de Fabrice Gygi, Winch, Fliessband Et Stars System, présenté aux Abattoirs dans le cadre du Printemps de Septembre 2008.

Là aussi le spectateur avait un rôle actif à jouer, il actionnait avec son pied un bouton poussoir qui commandait le tapis roulant, s’élançant vers le rouage tranchant…

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